Notre projet associatif

Un document remis lors de notre grande journée du 26 juin 2015

 

Lettre de notre président, Bernard Golse

La rédaction d'un projet associatif est un temps fort de la vie des associations. Un temps fort car, ancré dans la vie passée et présente de l'association, il a aussi une fonction de projection dans l'avenir. Un projet associatif est donc en lien avec l'histoire au sens où G.W.F. HEGEL disait que l'ancrage de l'histoire, ce n'est pas seulement le passé mais c'est aussi l'espoir.
Si l'on a pu parler, autrefois, d'une société schizophrénique (fonctionnant, selon les termes de D.W. WINNICOTI, comme une « collection d'isolés ») ou dépressive (avec le concept de « bof-génération »), à regarder de près ce qui se passe, on pourrait se demander si le fonctionnement de nos sociétés ne s'est pas progressivement organisé plutôt sur un mode borderline évacuant quelque peu l'importance de la réalité psychique.
J'entends par là que la psychopathologie est en grande difficulté en ce moment puisque dans le champ de l'enfance, mais pas seulement, les troubles mentaux sont désormais envisagés soit en termes purement neuro­développementaux (pour ne pas dire neurologiques !), soit en termes de simples conséquences de traumatismes externes, actuels ou plus ou moins anciens.
Dans ces conditions, tout se passe alors comme s'il n'y avait plus de place pour la réalité psychique ou pour le monde interne, et donc pour la psychopathologie dont l'objectif central est, précisément, de corm-prendre la souffrance psychique en nouant de manière étroite, en prenant en compte conjointement (corm-prendre), le rôle des facteurs internes (biologiques et notamment génétiques) et celui des facteurs externes (les effets de rencontre avec l'environnement) propres au développement et à la biographie de chaque sujet.
De ce point de vue, le fonctionnement du CEREP/Phymentin a véritablement valeur, à mes yeux, de défense et d'illustration de la perspective psychopathologique psychanalytique dont les enfants et les familles ont actuellement tant besoin.
Seule l'analyse psychopathologique approfondie d'une situation clinique permet en effet le choix de stratégies thérapeutiques spécifiques et la mise en œuvre de dispositifs d'aide multidimensionnels adaptés à la problématique de chaque enfant.
La mode est certes aux guidelines ou aux protocoles recommandés de manière plus ou moins monotone et opératoire, mais la réalité psychique des enfants exige en fait de nous des réflexions et des modes de faire au cas par cas, une approche thérapeutique sur mesure qui puisse articuler de manière féconde le soin psychique et les différents registres de la pédagogie, de l'éducatif et du rééducatif.C'est sur cette base conceptuelle que la fusion entre le CEREP et l'association Phymentin a pu se faire avec succès dans la mesure où ces deux associations partageaient les mêmes fondamentaux professionnels et les mêmes valeurs éthiques.
Cette fusion est désormais derrière nous, et nous pouvons donc désormais en tirer des fruits pour l'avenir.
La question qui se pose à nous aujourd'hui est donc - non pas seulement d'additionner sous la forme d'une mosaïque les projets associatifs de chacun de nos huit établissements - mais bel et bien de faire advenir, sur le fond de notre nouvelle identité groupale, des projets synergiques et transversaux, et ceci à la fois dans le domaine du soin, de la formation et de la recherche.

Il y a là un défi, un challenge passionnant et stimulant pour nos équipes et pour l'ensemble de l'association.
C'est de ce défi dont témoigne, ici, notre projet associatif qui se doit, bien évidemment, de demeurer ouvert aux nouvelles idées, aux nouvelles pistes d'action et aux nouvelles modélisations organisationnelles, car la rédaction d'un projet associatif n'est que la trace d'un moment qui vient s'inscrire dans une dynamique vivante, soit d'un « work in progress » non figé qui s'enrichit et s'incrémente en permanence au fil de la vie institutionnelle.