Les Pâtes au beurre : des ingrédients essentiels dans le réseau préventif de la santé psychique

pab_coficmp_vignette.png

Une formule originale d'accueil au COFI-CMP

Présentées dans un reportage d’Envoyé Spécial,  « Les Pâtes au beurre » se déploient depuis début mars 2015 au COFI-CMP de l’association Cerep-Phymentin.

Pierre Lévy-Soussan, médecin directeur de l’établissement situé dans le 15e arrondissement, revient sur les fondamentaux de cet accueil « permettant aux parents de parler aux parents » des difficultés que chacun rencontre avec son enfant.

Changement de cadre et verbalisation des problèmes

L’idée de départ de Sophie Marinopoulos, créatrice des Pâtes au beurre à Nantes et qui travaille à la consultation COFI-CMP en tant que psychologue, psychanalyste, depuis plus de 10 ans, était de faire un lieu d’accueil, différent d’une consultation. Un lieu grâce auquel, de par, un changement de cadre classique de la consultation qui est très médicalisée avec des rendez-vous, des psychiatres, des psychologues, offrait, à la fois, une meilleure accessibilité aux parents qui ne seraient pas venus dans un CMP classique et à la fois une meilleure accessibilité à leurs problématiques. Dans cet espace de liberté, sans rendez-vous, anonyme et gratuit et dans un lieu particulièrement convivial, il peut y avoir une verbalisation des problèmes. Un lieu où les parents peuvent venir avec ou sans leur enfant, et ce, quel que soit son âge, rassemblant ainsi la venue de la famille.

Le cadre particulier des Pâtes au beurre 

Cette histoire de consultation dans une cuisine est venue à Sophie Marinopoulos à la lecture, il y a 16 ans, de Selma Fraiberg, assistante sociale, devenue psychanalyste, qui se déplaçait dans les familles qui avaient des difficultés en rapport avec la maltraitance des enfants. Cela fait partie de tout un mouvement de psys qui se déplaçaient au lieu de vie des patients.

Elle a décrit des cas et des thérapies qui se déroulaient dans la cuisine dans laquelle elle était, remarquant que dans la convivialité propre à ce lieu, en rapport avec l’oralité, avec quelque chose de très maternel et maternant, les choses, en rapport avec sa propre enfance, ses propres souvenirs, étaient plus faciles à dire.

Le propre d’un lieu de paroles, c’est le soutien groupal

D’autres psys ont inspiré ce lieu, comme Françoise Dolto avec les Maisons Vertes. Elle avait aussi fait ce pari d’accessibilité des parents, en dehors des lieux de consultation très formels, pour quelque chose de moins formel. Les personnes pouvaient à leur rythme dire les choses en se soutenant avec un étayage groupal. Mais cet accueil de F. Dolto créé à la fin des années 70 concernaient les enfants de moins de 4 ans. Son désir était de travailler la question de la séparation mère/enfant afin d’éviter les difficultés liées à l’entrée en maternelle. En effet dans les années 70, les enfants étaient gardés à la maison essentiellement par leur mère et ils avaient peu l’occasion d’expérimenter des temps « hors leur mère ». L’entrée à l’école était souvent vécue difficilement aussi F. Dolto a créé ces lieux de socialisation pour que mère et enfant puissent ensemble expérimenter les premières séparations.

Il y a des psychanalystes comme Bion qui ont aussi aidé à la conceptualisation pour montrer comment un état groupal peut être un étayage individuel par le biais des identifications multiples et croisées. C’est-à-dire qu’un parent va pouvoir se reconnaître dans ce que va dire un autre parent. Cela va beaucoup l’aider à verbaliser d’une façon interne ce qu’il n’aurait peut-être pas pu verbaliser. Il y a donc a un rôle de déculpabilisation énorme qui joue dans ce cas-là. Par le biais de ces transferts de paroles entre les personnes par rapport à des problématiques dont certaines peuvent être communes, cela permet à l’individu d’objectiver sa problématique, la formaliser et la formuler.

Notre antenne parisienne des Pâtes au beurre est unique

La formule répond à l’un des objectifs des REAAP, c’est à dire « Les parents parlent aux parents. » avec dans ce cadre-là la présence indispensable des professionnels qui sont garants du bon fonctionnement du groupe tout en permettant la transformation des émotions afin qu’elles prennent sens dans la relation parent/enfant. Une fois qu’il y a cette accroche, dans un second temps, il peut y avoir ouverture vers une consultation mais pas forcément. Parfois le simple fait de venir ici suffit à faire redémarrer ce que Bion appelle « l’appareil à penser des parents ». Le fait d’avoir redonné un coup de manivelle, va aider les parents à remettre en route leur organisation psychique, et donc l’étayage essentiel qu’ils ont par rapport à leur enfant dans des défauts d’accordage affectif qu’ils peuvent avoir de façon ponctuelle. Nous sommes dans un esprit de prévention qui vise l’équilibre relationnel et affectif en famille.  

Une dimension préventive essentielle

Les parents concernés sont ceux débordés ou inquiets au sens large du terme et qui ne savent pas exactement si c’est suffisamment important pour aller consulter un spécialiste des relations familiales : il faut savoir que la psychiatrie/psychologie fait toujours peur. Il y a un véritable aspect préventif de ces consultations dans le sens où c’est plus facile d’aller vers un lieu de paroles que vers une consultation. On intervient donc plus en amont, prévenant ainsi les situations de crises.

Le COFI-CMP et les Pâtes au beurre : un même état d’esprit

Nous accueillons depuis plus de 10 ans la fondatrice des Pâtes au beurre, Sophie Marinopoulos. Cela correspond aussi à l’esprit de l’implantation de notre établissement dans le quartier : être dans des locaux non stigmatisants, une sorte de grand d’appartement. Cela est dans l’essence même des Pâtes au beurre représentant l’esprit d’ouverture, la proximité et la convivialité. Nous avons voulu, au CMP COFI, ce cadre non hospitalier avec un vrai rôle de consultations dans la cité. Les Pâtes au beurre permettent aussi de reconsolider le réseau par rapport à la parentalité, par rapport à toutes les personnes susceptibles de nous adresser des parents en difficulté.

Une dynamique stimulante pour tous

Le fait de travailler en binôme (car nous intervenons à deux dans le cadre des Pâtes au beurre) est aussi quelque chose de très agréable, très stimulant intellectuellement. Cela nous permet d’être auprès des parents autrement et dynamise notre mode de fonctionnement général. Ce qui nous apporte quelque chose, apporte quelque chose aux patients. C’est aussi une volonté de proposer un autre cadre à l’équipe, dans une approche relativement différenciée de ce qu’ils font habituellement. Les accueillants des Pâtes au Beurre sont en parallèle des consultants ayant une bonne connaissance des enjeux psychiques dans les relations familiales. Leur professionnalisme est indispensable à la réussite de cette action préventive.

Nous accueillons donc des parents de tout Paris et de la région parisienne. Tout le monde peut aussi nous adresser des parents même si nous conservons l’anonymat.

A la différence d’un lieu de consultation classique, qui peut être vécu comme quelque chose de difficile pour les parents, le fait qu’il y ait d’autres parents les préserve beaucoup. Notre façon à nous de repérer les choses et de les pointer est différente : le changement de cadre implique un changement d’interprétation, un changement d’attitude et donc quelque chose qui peut être vécu de façon plus « maternante » en rapport avec ce lieu de convivialité centré sur l’oralité, sur la contenance du lieu remettant en route une contenance maternelle et paternelle ayant pu faire défaut.

Un lieu enveloppant pour un accueil convivial

Nous accueillons les parents dans une pièce chaleureuse avec une table, des gâteaux et des jus de fruits avec une autre pièce à côté qui est ouverte où les enfants peuvent circuler et jouer. Les enfants mangent aussi et voient des psys dans des conditions où ils ne les voient pas d’habitude. Chacun s’y retrouve autour de quelque chose qui les surprend au tout début et puis à peu ils parlent. Les parents voient d’autres parents interagir avec leurs enfants. Du coup, ils mesurent quelles difficultés ils peuvent avoir. Même quand ils viennent sans l’enfant et qu’ils nous parlent, et qu’on essaye de remettre une narration dans les crises de débordement qu’ils peuvent avoir, les autres parents vont les aider à, selon Bion « détoxifier » les éléments anxiogènes pour leur permettre de les re-digérer », afin de les re-métaboliser de façon assimilable. Les parents s’étayent sur nous et sur le groupe.

 

  • Nous vous invitons à visionner le reportage Quand les parents craquent.