Le Jeu des Trois Figures

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Développer l'empathie chez les enfants

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Le Jeu des Trois Figures est un dispositif proposé en 2005 par le Docteur Serge Tisseron, dans le but de cultiver l’aptitude à l’empathie chez les enfants.

 

De la France au Liban

L’empathie est la capacité à se mettre à la place de l’autre. Elle joue un rôle fondamental dans nos relations sociales, notamment dans la régulation des situations de conflit et de violence.

Le Jeu des Trois Figures est une activité qui se situe au carrefour de l’éducatif et du thérapeutique. Tout d’abord destinée à être pratiquée par les enseignants dans les écoles, son efficacité a été évaluée en 2007-2008 par une recherche-action conduite dans 6 classes de maternelle de la région parisienne. Le Jeu des Trois Figures est depuis recommandé par l’Académie des Sciences et la Direction générale de l’Enseignement scolaire (DGESCO), et utilisé dans de nombreuses écoles maternelles, élémentaires, et plus récemment dans des collèges.

Une expérience en classes spécialisées - CLIS et ULIS, en 2012-13 a montré qu’il est également intéressant de le mettre en place auprès d’enfants présentant des troubles du développement et des apprentissages, et des troubles du spectre autistique. Dans ce dernier cas, les capacités d’empathie sont particulièrement mises en déroute dans leur développement, notamment du fait de la grande difficulté présentée par ces enfants à identifier les émotions. Un travail spécifique doit donc être mis en place, et c’est la raison pour laquelle nous avons décidé en 2013 de former l’équipe l’Hôpital de Jour André Boulloche au Jeu des Trois Figures. Il est depuis régulièrement pratiqué sur deux grandes unités éducatives.

Mais quels sont les principes du Jeu des Trois Figures et comment se déroule-t-il ?

Les Trois Figures font référence aux trois personnages présents dans la plupart des histoires regardées et racontées par les enfants : celle de l’agresseur, celle de la victime et celle du tiers, que celui-ci soit témoin, sauveteur ou redresseur de torts.

Le Jeu des Trois Figures est destiné à être conduit régulièrement, toutes les semaines, avec un groupe d’enfants de type classe ou groupe de vie. Le déroulé en est très ritualisé. Il est tout d’abord proposé aux enfants de parler d’images, fixes ou animées, qu’ils ont pu voir sur des supports médiatiques ou des écrans. Une image, une scène ou une situation est choisie parmi toutes celles qui ont été citées, à partir de laquelle un petit scénario simple est construit par les enfants. Un travail sur les émotions est proposé : savoir les identifier, les nommer, pouvoir les comprendre, pouvoir les mimer. Ensuite, les volontaires jouent la scène, en acceptant a priori d’en jouer successivement tous les rôles.

Un programme ambitieux démarre au Liban, à l’initiative de l’Association Paradis d’Enfants, et de deux ONG : Sawiian qui travaille sur la résolution des conflits, et Min ila qui travaille sur l’éducation civique.

Les équipes de 5 institutions scolaires de diverses confessions sont formées ensemble, au cours de l’année 2016-2017, par le Docteur Marie-Noëlle Clément, médecin directeur du Centre André Boulloche, et par le Docteur Serge Tisseron. Le Jeu des Trois Figures est ici utilisé comme un outil pour favoriser le dialogue inter communautaire et le « bien vivre ensemble », grâce au développement des capacités d’empathie.

Les institutions scolaires participantes sont :

  • Paradis d'Enfants, qui scolarise des élèves de familles défavorisées, à majorité chrétienne. Elle se trouve à Jounié, au Nord de Beyrouth.
  • Sœurs des Saints Cœurs Sioufi, école catholique accueillant des élèves de diverses religions, mais également à majorité chrétienne. Elle se trouve à Beyrouth.
  • Ajial, ONG ayant à son compte une école et des orphelinats, scolarisant des élèves de familles défavorisées, à majorité musulmane sunnite. Elle se trouve à Saida (au Sud de Beyrouth).
  • Un établissement public à Aley, à l'est de Beyrouth, qui accueille des élèves à majorité druze.
  • Une institution scolaire de filles à Tyr, située dans le Sud du Liban, et accueillant des élèves à majorité musulmane chiite.

Les enseignants, psychologues, assistants sociaux des établissements scolaires sont formés ensemble au cours de trois sessions, expérimentant eux-mêmes, avant leurs élèves, la pratique de l’activité et la confrontation de leurs regards différents. La formation est conduite en français et en arabe grâce à des traducteurs. Une première session s’est tenue en novembre 2016 à Jounié, les deux prochaines se tiendront en février à Beyrouth et en avril à Saida.

 

[1] Psychiatre, docteur en psychologie, habilité à diriger des recherches (PARIS VII, laboratoire CRPMS), co-rédacteur de l’Avis de l’Académie des Sciences sur « L’enfant et les écrans » (2013), membre de l’Académie des Technologies